
Depuis la disparition de la PACES en 2020, l’accès aux études de santé repose sur deux voies principales : le PASS et la LAS. Présenté comme plus juste et plus ouvert, ce système devait corriger les excès de l’ancienne sélection. Pourtant, six ans plus tard, le constat est largement partagé : le dispositif reste complexe, inégal selon les universités et difficilement lisible pour les lycéens comme pour leurs familles.
C’est dans ce contexte que le gouvernement prépare une nouvelle réforme des études de santé, annoncée pour 2026, avec une mise en œuvre envisagée à partir de la rentrée 2027. L’objectif affiché est clair : simplifier l’accès, harmoniser les parcours et former davantage de professionnels de santé, tout en maintenant un haut niveau d’exigence académique.
Un point essentiel à clarifier d’emblée
Contrairement à certaines rumeurs, aucune réforme ne s’appliquera avant la rentrée 2026. Les filières PASS et LAS restent pleinement en vigueur pour 2025 et 2026, et les étudiants actuellement engagés dans ces parcours ne verront pas leurs règles changer en cours de route. Les préparations privées et universitaires demeurent donc adaptées au système actuel, et la sélection, elle, reste bien maintenue.
Cependant, cette stabilité apparente masque une transformation de fond déjà en préparation.
Le système PASS/LAS est aujourd’hui remis en question
Si le PASS/LAS a permis d’introduire davantage de diversité dans les profils, il a aussi généré de nouvelles difficultés. D’abord, la multiplication des parcours rend l’orientation extrêmement complexe. Selon les universités, les LAS n’offrent pas les mêmes chances d’accès, ni les mêmes modalités de sélection, ce qui crée une inégalité territoriale marquée.
Ensuite, les taux d’abandon, notamment en LAS, restent préoccupants. Beaucoup d’étudiants se retrouvent engagés dans des doubles parcours lourds, sans réelle souplesse en cas d’échec, malgré l’existence théorique de passerelles. À cela s’ajoute un manque de lisibilité pour Parcoursup, qui complique les choix dès le lycée.
Ces constats ont été officiellement documentés. Le rapport de la Cour des comptes publié en décembre 2024 pointe un système jugé trop complexe, parfois injuste, et paradoxalement peu efficace pour diversifier réellement les profils sociaux. Il souligne aussi une baisse d’attractivité dans certaines filières comme la pharmacie ou la maïeutique, ainsi qu’une augmentation des départs à l’étranger pour étudier la santé.
Face à ces limites, la question n’est donc plus de savoir si une réforme aura lieu, mais comment elle sera structurée.
Vers un parcours santé unifié : la piste centrale de la réforme 2026
La proposition la plus structurante actuellement à l’étude repose sur une fusion des filières PASS et LAS. L’idée serait de créer un parcours santé unique, commun à toutes les filières MMOPK (médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie, kinésithérapie), au sein d’une même faculté.
Les universités organiseront cette première année principalement autour d’enseignements en santé, tout en proposant un parcours hors santé (sciences, droit, économie, lettres…) pour permettre aux étudiants de se réorienter de manière concrète et cohérente en cas de non-admission. Ainsi, les étudiants éviteront de se retrouver dans une impasse académique.
Ce modèle viserait avant tout à harmoniser les règles d’accès, réduire les disparités entre universités et rendre le système beaucoup plus lisible dès le lycée.
Un tronc commun scientifique renforcé, au cœur du nouveau dispositif
Autre pilier envisagé : le renforcement d’un tronc commun scientifique solide. Les disciplines fondamentales : biologie, chimie, physique et mathématiques constitueraient un socle partagé par tous les étudiants du parcours santé.
L’objectif est double. D’une part, garantir une base académique homogène avant toute spécialisation. D’autre part, réaffirmer que la réussite en études de santé repose sur une rigueur scientifique élevée, quel que soit le modèle d’accès retenu.
Autrement dit, même si les parcours deviennent plus lisibles, la sélection ne disparaît pas. Elle change de forme, mais l’exigence reste intacte.
La fin du numerus apertus, mais pas de la sélection
Le numerus apertus est appelé à disparaître. Toutefois, cette suppression ne signifie pas une ouverture illimitée. Le nombre de places serait donc déterminé en fonction des capacités réelles des universités et des besoins des territoires, définis par les Agences régionales de santé (ARS).
Cette logique s’inscrit directement dans la loi Neuder, adoptée en juin 2025, qui vise à répondre à la crise des déserts médicaux par un véritable « choc de formation ». Les ARS pourraient ainsi inciter certaines facultés à augmenter leur capacité d’accueil lorsque les besoins locaux le justifient.
Cependant, cette orientation soulève une inquiétude majeure : former plus sans moyens supplémentaires risque de fragiliser la qualité de l’enseignement, un point régulièrement soulevé par les doyens d’université.
Accès direct post-bac et expérimentations ciblées
Parallèlement à la voie unique, plusieurs expérimentations sont à l’étude. Parmi elles, l’admission directe en pharmacie ou en maïeutique via Parcoursup. Cette mesure viserait à répondre à un phénomène bien identifié : l’existence de places vacantes dans certaines filières, malgré des besoins professionnels importants.
Cette piste reste toutefois expérimentale et encadrée. Elle ne remet pas en cause le principe général de sélection, mais cherche à ajuster le système aux réalités du terrain.
Une réforme pensée aussi pour les territoires
La réforme ne se limite pas à la première année. Elle s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’ensemble du cursus. La territorialisation du troisième cycle, la facilitation du retour des étudiants français partis à l’étranger et le renforcement des passerelles avec les carrières paramédicales font partie des leviers envisagés.
L’enjeu est clair : mieux répartir les futurs professionnels de santé et répondre aux besoins réels des populations, sans dégrader la qualité de la formation.
Ce qui est certain, ce qui reste hypothétique
Le système PASS/LAS reste en place jusqu’en 2026, la sélection demeure, le niveau scientifique exigé ne baisse pas, et aucune réforme ne s’appliquera rétroactivement.
En revanche, la forme exacte du futur parcours, le calendrier précis et les modalités d’évaluation restent en discussion. Les concertations nationales impliquant universités, syndicats étudiants et professionnels de santé doivent encore aboutir à un cadre définitif.
Conclusion : une réforme attendue, mais sous conditions
La réforme des études de santé prévue pour 2026 marque une étape clé. Elle vise à corriger les défauts d’un système jugé trop complexe, tout en répondant à une crise sanitaire et territoriale profonde. Si l’ambition est réelle, sa réussite dépendra d’un point central : l’adéquation entre les objectifs politiques et les moyens accordés aux universités.
Une chose est sûre : pour les lycéens comme pour les étudiants, comprendre ces évolutions dès maintenant permet d’anticiper, de mieux s’orienter et d’éviter les choix par défaut dans un système en pleine mutation.
