
Depuis plusieurs semaines, un projet du gouvernement visant à augmenter les frais d’inscription des étudiants étrangers extracommunautaires suscite une forte mobilisation dans les universités françaises. Étudiants, syndicats, enseignants et présidents d’université dénoncent une réforme jugée injuste et contraire aux valeurs d’ouverture de l’enseignement supérieur français.
À Paris, plusieurs centaines de personnes ont manifesté dans le Quartier latin jusqu’au ministère de l’Enseignement supérieur. D’autres rassemblements ont également eu lieu dans plusieurs villes universitaires de France. Les organisations étudiantes et syndicales, comme l’Unef, la Fage ou encore le Snesup-FSU, réclament le retrait du projet de décret.
Une augmentation importante des frais d’inscription
Le gouvernement souhaite appliquer des droits d’inscription différenciés pour une grande partie des étudiants extracommunautaires. Concrètement, les étudiants étrangers concernés devraient payer :
- 2 895 euros par an en licence ;
- 3 941 euros par an en master.
Selon le ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste, ces montants représenteraient environ 30 % du coût réel d’une formation universitaire en France.
Toutefois, cette mesure inquiète de nombreux acteurs universitaires. Les opposants craignent notamment une baisse de l’attractivité des universités françaises et un éloignement des étudiants internationaux les plus modestes. En effet, beaucoup estiment que cette hausse pourrait créer une sélection financière à l’entrée des études supérieures.
Le ministère assouplit son projet face aux critiques
Face à la contestation, le ministère a annoncé plusieurs ajustements. Initialement, seulement 10 % des étudiants étrangers pouvaient être exonérés des nouveaux frais d’inscription. Désormais, ce taux pourrait atteindre 20 % par université d’ici 2028.
Par ailleurs, une mise en place progressive est prévue :
- 30 % d’étudiants exonérés à la rentrée prochaine ;
- 25 % en 2027 ;
- puis 20 % à partir de 2028.
Le gouvernement explique vouloir apporter davantage de souplesse aux universités afin de faciliter l’application du dispositif. Les exonérations devraient être attribuées selon des critères économiques et sociaux.
Cependant, malgré ces modifications, une grande partie du monde universitaire continue de rejeter la réforme. Lors du vote du Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (Cneser), plusieurs représentants universitaires se sont opposés au texte ou se sont abstenus.
Pourquoi cette réforme fait autant débat ?
Pour les syndicats étudiants et de nombreux enseignants, cette réforme remet en cause l’idée d’une université accessible à tous. Ils rappellent que les étudiants internationaux participent au rayonnement culturel, scientifique et économique de la France.
De plus, plusieurs organisations dénoncent un risque d’exclusion pour les étudiants venant de pays aux revenus modestes. Même avec des exonérations partielles, les nouveaux frais pourraient représenter un obstacle majeur pour de nombreuses familles.
À l’inverse, le gouvernement estime que les étudiants étrangers ayant les moyens financiers peuvent davantage contribuer au financement des universités françaises. Le ministère souhaite également développer des bourses pour attirer les meilleurs profils internationaux.
Une réforme encore loin de faire consensus
Même si le gouvernement a revu sa copie, la mobilisation reste importante dans plusieurs universités françaises. Les syndicats étudiants promettent de poursuivre les actions et les manifestations contre cette hausse des frais d’inscription.
De leur côté, les universités restent partagées entre la nécessité de financer l’enseignement supérieur et la volonté de préserver un modèle d’accueil ouvert aux étudiants étrangers. Le débat autour de cette réforme devrait donc continuer dans les prochains mois, à l’approche de la rentrée universitaire 2026.
